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Les maîtres du monde et les « indignés »

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De quelle autorité peut se prévaloir le G8 dont sont absents les grands pays émergents tels la Chine, l’Inde, le Brésil et alors qu’existe désormais le G20 ? Mais que représente le G20 lui-même face à l’ensemble des États et de la communauté internationale et, surtout, face aux peuples ? En réalité, la seule chose dont pouvaient se prévaloir les huit pays réunis à Deauville, c’est qu’ils étaient, si l’on ose dire, le socle de l’empire ou, si l’on veut, du capitalisme mondial. Ils ont été affaiblis par la crise, ils sont fragilisés idéologiquement et politiquement mais ils s’appuient toujours sur leur puissance économique, militaire, technologique et sur le contrat qui les lie, malgré tels ou tels désaccords : rester les maîtres du monde. Quel contraste entre cette réunion où l’on prétend décider de l’avenir comme dans un conseil d’administration des grands groupes qui règnent sur la planète et ce qui se passe sur les places d’Espagne, ce qui grandit dans d’autres pays d’Europe, ce qui s’est passé et se joue aujourd’hui en Tunisie, en Égypte, mais aussi en Syrie, au Yémen, en Libye peut-être… Il a été question à Deauville, dit-on, du printemps arabe, d’aides qui seraient apportées à la Tunisie et à l’Égypte pour leur démocratisation. Il faut s’attendre à ce que les uns et les autres, dont Nicolas Sarkozy, jamais en reste, s’attribuent en la matière le beau rôle. Mais il faudra aussi y regarder de près. Quelle aide et pour quoi faire ? On en a déjà une petite idée. Démocratiser, pour les pays du G8, c’est développer le capitalisme. Le Monde, dans un article consacré à cette question, annonce la couleur : « Tous ces programmes comporteront un volet d’aide aux entreprises privées, seules capables de créer des emplois pérennes et mieux rémunérés. » Mais ce n’était que la déclinaison d’une tribune publiée par le même journal et signée par Edmund Phelps, prix Nobel d’économie, directeur du Centre d’études sur le capitalisme et la société à l’université Columbia de New York, et intitulée : « Un capitalisme du XIXe siècle pour aider les révoltes arabes ». Et l’auteur, redoutant au passage les forces bien intentionnées dont les syndicats, qui pourraient faire émerger « un corporatisme de gauche », d’enfoncer soli­dement le clou : « Le système qui serait le plus approprié pour la Tunisie et l’Égypte est le capitalisme de base, tel que l’ont développé la Grande-Bretagne et les États-Unis au cours de la première moitié du XIXe siècle dans leur marche vers des économies performantes.» Edmund Phelps oublie de dire à quel prix ! Mais il parle d’or et ce n’est pas dans le désert. Voilà l’avenir pour ces peuples et ces jeunes qui se sont soulevés pour la démocratie. Les clans au pouvoir étaient dépassés. Les maîtres du monde entendent saisir l’opportunité d’étendre leur influence et leurs affaires. Il y a dans tout cela une cohérence. Il n’y a pas d’un côté, par exemple, le bon G8, soucieux d’aider les pays en quête de changement en feignant d’affirmer que leur printemps a raison, et d’un autre côté, pour ne citer que cela, mais qui est hautement signifiant, le pacte euro plus d’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. Il n’y a pas d’un côté les marchés financiers qui étrangleraient les peuples et le FMI, qu’il soit dirigé par DSK ou par Christine Lagarde, qui viendrait à leur secours. Non, la réalité de ce monde, aujourd’hui mis en question comme jamais, c’est que, comme le roi du conte, le capitalisme est nu et que les peuples l’apprennent.

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