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Interview de Pierre Laurent à la Marseillaise (6 mai 2011)

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La Marseillaise. À travers notamment l’affirmation de valeurs universelles, s’affirme la conscience de l’unité de destin du genre humain. Néanmoins on constate que ce mouvement n’est assorti d’aucune théorisation ni d’aucune stratégie qui émergent vraiment, comment expliquez-vous cela ? Pierre Laurent. Je crois que le bien commun est une idée qui reprend de la vigueur aujourd’hui. Aux plans économique, écologique et humain, on a besoin de ce partage qui s’oppose aux logiques actuelles. On a besoin de solidarité, de services publics, d’ambition planétaire… Ces idées-là sont au cœur de notre engagement, mais elles se heurtent pour le moment à toutes les logiques de mise en concurrence, d’exploitation, de guerre économique qui ont été mises en place ces dernières années. La Marseillaise. Quel sont les moyens d’y remédier ? Pierre Laurent. Ce travail doit à la fois s’inscrire sur des idées et sur des propositions afin de montrer que des solutions de solidarité sont préférables. Par exemple à l’échelle de l’Union européenne, avec les logiques de mises en concurrence actuelles ou dans le domaine de la protection sociale, notamment avec le conflit des retraites, et bien, à chaque fois, il faut montrer que les solutions de financements solidaires sont plus efficaces pour traiter des enjeux de demain. Et pour donner davantage d’écho à ces affirmations, il faut aussi mener la bataille sur le front du rassemblement politique afin de créer un rassemblement qui mobilise toute la gauche, pour porter avec plus de for-ce ces idées-là. La Marseillaise. Comment voyez-vous le plus précisément possible le processus communiste de transformation de la société qui se distingue des démarches antérieures prenant le socialisme comme étape ? Pierre Laurent. Se rassembler ne signifie pas déléguer et encore moins à des personnes et à des candidats. Ce rassemblement, il faut le créer sur le terrain à partir des luttes populaires, dans les entreprises, les territoires afin qu’il puisse porter les aspirations légitimes des citoyens jusqu’à leur réalisation. Il ne suffit pas de soutenir un candidat, il faut s’engager dans l’action jusqu’à ce que nos ambitions deviennent réalité. Le Front de Gauche met en avant une action populaire avant les échéances politiques, mais qui se poursuivra pendant et après. La Marseillaise. Avec un tel processus reste-t-on sur la simple étape du changement de société, n’est-on pas davantage sur un bond qualitatif de la civilisation et du développement humain ? Pierre Laurent. Ce qui est à l’ordre du jour, c’est un changement d’horizon pour la civilisation. Moi je crois que le XXIe siècle va être un siècle dans lequel se pose la question d’un développement harmonieux de la personne humaine. Bien sûr, le changement sera progressif. Mais on voit bien que le système capitaliste est arrivé à ses limites, il n’est plus capable d’affronter les enjeux contemporains de solidarité à l’échelle du monde entier. C’est en ce sens qu’il doit être dépassé. La Marseillaise. Le contrat social des années d’après-guerre jusqu’aux années 1970 semble avoir été rompu comment trouver un nouveau compromis social ? Pierre Laurent. Il est certain que depuis la prise de pouvoir de Nicolas Sarkozy, on a assisté à une rupture et à une casse de tous les éléments de solidarité, de toutes les valeurs d’égalité sur lesquelles avaient été construites les avancées sociales de notre pays. Aujourd’hui, il faut une inversion radicale du chemin entrepris. Par exemple, il faut reprendre le chemin de la construction de services publics adaptés aux exigences modernes et qui fassent prévaloir des solutions d’égalité dans tous les domaines : formation, éducation, accès aux services de la promotion du travail et de l’émancipation sociale. La Marseillaise. Concrètement et pour l’immédiat dans la démarche du Front de Gauche quelle originalité amène le PCF ? Pierre Laurent. Le Parti Communiste est une force de progrès et de proximité. C’est aujourd’hui un atout formidable car le Front de Gauche ne deviendra populaire que si des milliers de gens y participent activement et directement. Il y a beaucoup de gens en recherche qui ne savent pas quel chemin choisir. Ils aspirent à une société d’égalité et de solidarité, mais ils doutent de la possibilité d’y parvenir. Notre travail dans l’année qui vient, est de faire prévaloir et de rendre crédibles ces solutions. Cette bataille n’est pas gagnée d’avance niais elle est loin d’être perdue, au contraire ! La Marseillaise. Il faut la même originalité dont avaient fait preuve les membres du Conseil national de la Résistance ? Pierre Laurent. Il faut la même audace ! On est dans une situation qui peut paraître comme à cette époque-là pleine de dangers, et c’est pourtant à ce moment là qu’ils ont été capables de se montrer audacieux et d’inventer des solutions qui faisaient confiance au peuple et à sa capacité de se projeter dans l’avenir. Propos recueillis par Angélique Giorgi (La Marseillaise, le 6 mai 2011)

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